13 décembre 2007
Premier contact avec la Syrie
Commençons par ma première visite en Syrie… Quoi j’vous l’avais jamais dit avant ? Bin oui je suis déjà venue en Syrie avant… avant avant … dans une autre vie quoi, j’étais la troisième épouse de l’Emir Machin, un mec vachement important, il avait pleins de terres et tout ! Bon j’ai jamais rien vu j’étais enfermé dans le Sérail… Bin ouais les rousses c’était à la mode, çà valait vachement plus de chameaux que les autres !!! alors comme moi j’étais là à une époque où y’avait pas beaucoup d’eau, bin un chameau çà valait très très cher, alors une rousse je vous raconte pas ! … si, j’vous raconte ? Bref maintenant je vaux 42euros pour 6mois, le prix de mon visa, le mariage est devenu une option et maintenant c’est toi qu’est payé pour çà, et après le mari te supplie de l’emmener loin de la maison ! vraiment, on connaît plus les vrais valeurs….
Bon qu’est-ce que je disais ? qui as suivi ? bon bah aidez moi à me rappeler par commentaire et je continuerai mon post après… Ok ?
Ah non c’est bon j’me souviens ! Ouf… vous avez eu peur hein !
Donc je disais que j’étais déjà venu en Syrie avant de venir en Syrie ( ???? p’tin qu’est-ce qu’elle raconte celle là ???). Mais si oh ! La question, c’est quand, non ?
Bin un mois avant de venir en Syrie je suis venue en Syrie ! Rhoo c’est simple pourquoi vous compliquez toujours tous !!! après tout est relatif, disons que j’étais venue puis repartie, mais que la je suis venue mais pas encore repartie… mais je vais repartir c’est sur ! C’est bizarre qu’on utilise le même mot non ? vous me direz il y a la probabilité que je disparaisse pour un post trop osé… donc dans le doute peut-être… peut-être que ceux qui ont inventé la langue française étaient plus sensibles à la mort, épée de Damoclès permanente au dessus de nos petites têtes de linotes d’êtres mortels (bin oui c’est pour çà qu’on meure… parce qu’on est des êtres mortels !..., ou alors l’inverse ? Je sais pas en fait… C’est la poule ou l’œuf qui était là en premier ? moi je penche pour l’œuf ! le premier œuf de l’histoire est issu d’une mutation génétique d’un animal proche de la poule mais avec un cul de vache… Bon la seule question c’est comment l’œuf en est ressorti sans être écrasé… c’est le seul grain de sable dans ma théorie… mais bon je préfère pas étudier ce détail de près, çà pourrait être gore…)
Bon alors je disais… si si je vous jure je vais l’écrire mon article ! donc je reprends… là je suis en Syrie ! (ca va tout le monde suit ??). Et avant j’étais en Syrie aussi ! ok ? Parce que je savais que j’allais aller en Syrie donc j’y ai été avant ! logique koi ! mais si je vous jure c’est logique ! Ok un exemple : Genre vous, petits étudiants de mon école, quand vous retournerez à notre QG général (euh G=général déjà non ?), vous irez en avance, non ? Pourquoi, hein dis ! pourquoi ? Bin pour pas dormir sous les ponts pendant un an, pardi ! Parce que la Syrie c’est sympa, fais chaud et comme y’a pas vraiment beaucoup d’eau sous le Barada (la claque que tu te prends quand tu vois le Nil !), y’a la place pour dormir sous les ponts, mais bon quand même quoi ! Donc voilà j’étais venu un mois avant pour chercher un logement… Quoi vous aviez pas compris ? pfff vous êtes pas doués…. Bin oui réfléchissez ! J’étais au Liban, donc j’ai fait l’aller retour pour trois quatre jours. Bon j’ai pas trouvé de logement. Ca c’est autre chose. Mais c’est pour ça que j’étais venue à la base. Donc c’est bon, j’peux vous raconter les 4 jours ? Pfff, j’vais jamais y arriver avec vous !
Bon alors je partais de Beyrouth pour aller à Damas. C’est bon ou faut que je développe ? C’est bon ? Oh, c’est bon hein, vous énervez pas !Si on est vraiment débile ou friqué, on peut passer par l’aéroport pour prendre l’avion. Ou pour prendre un tapis volant mais la tradition se perd. Et puis les modèles sont vieux et parfois tu te prends une montagne dans la tronche ça fait mal. Donc moi, au moins pas friquée, j’ai pris le taxi. Alors là j’vous vois venir… « ouais l’autre elle dit qu’elle a pas de tune, elle se paye un taxi pour faire des centaines de kilomètres… » Mais non oubliez tous ! Le taxi en l’occurrence, c’est un espèce de Tank de 5m sur 3, avec un coffre plus grand qu’une armoire, 6place (je vous rassure, y’a pas de frein à main à la place du milieu devant…. Quelle gentille attention pour les mecs…), et tout çà part quand la voiture est pleine. En général on part le matin. C’est pas très excitant d’arriver à un poste frontière syrien à deux heures du mat’…
Donc moi je me suis retrouvé dans la voiture avec un chauffeur libanais marié à une irakienne qui parlait anglais, deux femmes libanaises qui parlaient français, et un syrien, qui comme 95% des syriens, parle arabe bès ! On a chanté, on a dansé le dabké au poste frontière (quel est l’imbécile qui me croit là ?).
Non on a juste chanté, bu et mangé. Bin oui parce qu’il faut le savoir, ici, au Liban comme en Syrie, tout temps de trajet comprends des poses déjeuners et tout et tout. Genre pour un trajet de 4h, on c’est arrêté pour acheter une bouteille d’eau au bout de 10 minutes pour prendre le petit dej’ au bout d’une heure (essayez pas de leur expliquer qu’on peut gagner du temps en prenant son petit dej’ avant, et qu’on peut remplir les papiers pour la frontière dans la voiture…), puis des pauses aux deux postes frontières libanais et syriens… Voilà d’où sortent les 4h pour 2h30
de route ! Bref, heureusement, on a chanté (une des femmes disait qu’elle était chanteuse… hum elle doit chanter en play-back alors…), on s’est franchement marré, ils m’ont sacrément aidé pour le poste frontière (euh excusez moi, je suis européenne, qu’est-ce qu’on fait à une frontière ? Et on oublie sérieusement le « Mais ça sert à quoi toute cette paperasse? »).
Me voici donc en Syrie ! Je ne dirais pas à Damas puisque si on voudrais rejoindre le Centre à partir du Karajat ("Garage"… ils ont été le chercher loin celui là…) pour Beyrouth, on mettrait trois jour… Je prends donc un autre taxi (très sympa par ailleurs) et paye 100LS
jusqu’au Musée (pour information le retour en bus vers Beyrouth me coûtera 200LS…) ! heureusement cette fois là j’avais très peu de bagages… On peut pas dire que la première impression a été positive. Venant de Beyrouth, c’était plutôt "p’tin c’est quoi cette ville plate avec des grandes routes et des gens qui s’arrêtent au feu !!! et ces taxis qui klaxonnent presque pas !!!" bref tout est relatif koi... Puis, j’arrive à l’IFPO, et où outre un très gentil monsieur avec qui je deviendrai très proche un peu plus tard, je rencontre Maya, ancienne élève de l'IEP, canadienne d’origine syrienne, qui va m’héberger à Yarmouk pendant ces quelques jours et m’offrir un premier contact avec les traditions du pays.

L’avantage de ne venir que pour chercher un appart, c’est qu’en cherchant, on visite, et on a le temps pour ca. C’est donc le seul moment où j’ai vraiment un peu joué la touriste. Chercher une chambre dans la vieille ville est le meilleur moyen de la visiter, puisque les maisons sont traditionnellement tournées vers l’intérieur (souvenez vous le retournement du territoire en cours de Bennafla), et c’est probablement pour ça que le quartier m’a pas transcendé. En plus, les toilettes sur le palier en hiver à Damas, faut le vouloir !
a vrai dire il n’y pas des masses des choses à visiter à Damas. La vieille ville est sympa pour se promener mais miniscule, et il n’y a guère que la mosquée Omeyyade (que je n’ai vu que de l’extérieur pour cause de vendredi (choix personnel = j’aurai le temps plus tard, et surtout ça fait bizarre de débarquer en pleine procession de commémoration du martyre… vraiment
ce que je supporte pas de voir, j’ai trop mal pour eux, c’est trop violent ), et les célèbres souks attape-touristes (vous savez que le système de correction de Word contient attrape-couillons et attrape-lourdauds, mais pas attrape-touriste ?) (ici en photo le vendredi, avec presque toutes échoppes fermées… vous apprendrez à détester avoir à traverser ce souk pendant l’aïd !!!).
Voilà dans tout ça j’ai retenu plusieurs adresses, mais je n’en choisirai aucune, surtout que Maya ne m’a pas aidé sur ce coup là malheureusement. Donc je vais devoir revenir demander de l’aide au gentil jeune homme de l’IFPO qui m’en avait proposé. Je suis donc rentré à Beyrouth par le bus comme je vous l’ai écrit précédemment (c’est pour voir si vous suivez toujours…). Franchement c’est folklo… certes le prix est imbattable mais faut pas être gêné d’être la seule fille dans un bus de 50 travailleurs syriens qui passent deux plombent à la frontière pour faire vérifier leurs permis de travail… Et en plus une roue du bus a crevé ! m’enfin je revenais sous la grisaille qui surplombait Beyrouth à cette période, donc j’étais pas trop pressée…
Enfin, me direz vous!
Six mois que j’ai quitté ma terre natale, dont quatre mois sans nouvelles sur mon blog… La statistique fait un peu peur, mais je dois bien avouer que Facebook a un peu vampirisé les quelques minutes que je m’offre régulièrement sur internet (oui c’est d’un banal…). Mais désormais que ce site d’ « utilité sociale » est inexplicablement (…) inaccessible -sauf à utiliser les moyens détournés qu’on est habitué à chercher ici-, il me semble plus simple de revenir à ces quelques pages tout de même bien utiles, pour raconter ma vie à ceux d’entre nous qui sont partis dans le froid, qui se trouvent dans d’autres pays arabes, ou qui se sont payés le continent américain…
Tout d’abord il me semble indispensable de vous tracer les grandes lignes de ce qui s’est passé dans ma vie depuis la dernière fois que j’ai mis un post sur ce blog. Je vous avais quitté au Liban, en relative pause des attentats politiques, en plein été, entre mer, piscine et montagne. J’aurais un milliard et demi de choses à vous raconter sur la fin de mon séjour là-bas, mais je préfère pour le moment vous raconter mon vie actuelle, dont vous ne savez encore strictement rien !
Après deux mois et demi passionnants dans ce petit pays, j’ai donc pris le chemin de la Syrie pour commencer mon année universitaire à l’étranger –par ailleurs à la grande incompréhension d’une partie des libanais dont j’avais fait connaissance.
Je finissais mon stage à Beyrouth le 31 août, et commençais le nouveau à Damas le 2 septembre... autant dire que le choix de la date pour passer la frontière était limité ! J’ai donc débarqué à Damas en ce premier jour de Septembre 2007, par au moins 30° à l’ombre (ah.. quand j’y pense…). Outre croiser le regard d’un jeune syrien dont que vous allez beaucoup voir sur les photos, j’ai cherché un appart, commencé mon stage, puis commencé mes cours d’arabes, puis changé d’appart, puis arrêté mon stage. Les détails et explications accompagneront les photos…
Aujourd’hui
13 décembre 2007
, j’ai du mal à me dire que j’ai six mois « à l’étranger » à vous raconter…
Je sais que ceux qui ne me connaissent pas et ne savent pas à l’avance seront déçus de voir que j’ai quitté le Liban. Je suis en troisième année d’Institut d’Etude Politique, et la troisième année se réalise à l’étranger. On a plusieurs possibilités : soit un séjour d’une année complète dans une université partenaire, soit une année complète de stage, soit un premier semestre en université et un second en stage.
Mon projet non négociable était de passer un an dans le Proche Orient. Or il se trouve que le seul accord que mon école possède dans cette zone est à Damas ; l’accord avec Beyrouth étant en stand-by aux vues de la situation politique. Je pensais sérieusement à effectuer une année complète de stage au Liban. Dans le doute étant donné l’instabilité politique actuelle dans le pays, j’ai quand même fait une demande pour un ‘séjour mixte’, où j’effectuerai un premier semestre à Damas pour apprendre l’arabe et la seconde partie de l’année au Liban. A vrai dire je n’y croyais pas trop, mais mon prof étant un opposant acharné des stages et un nostalgique de ses nombreuses années en Syrie, il a préféré m’envoyer à Damas je suppose. Quand j’ai su cela, j’ai immédiatement postulé pour des stages au Liban, peu importe la situation politique. Et j’ai décollé un ou deux mois plus tard direction Beyrouth…
J’ai sincèrement adoré mon séjour au Liban, mais je ne regrette absolument pas d’être en Syrie, et s’il ne devait y avoir qu’une seule raison –pragmatique s’il en ai- ce serait celle-ci : Je suis allé au Liban pour travailler dans le domaine humanitaire, et aider les population diverses et nombreuses qui en ont besoin dans ce pays aux multiples cicatrices. Mais mes deux mois cet été m’ont appris que, même si je travaille avec une association française, même si le pays est occidentalisé, je ne serai jamais efficace et indépendante dans mon travail tant que je ne parlerai pas bien arabe ! Et en trois mois là-bas, j’en suis arrivé à la conclusion que je suis parti de ce pays avec un niveau d’arabe plus faible en y arrivant, non pas parce que les gens là-bas ne parlent pas arabe (je viens d’écrire le contraire) mais parce qu’ils ont un niveau d’éducation suffisant pour globalement parler avec moi en français ou en anglais. Je n’exclue absolument pas de retourner vivre au Liban, c’est un pays que j’ai beaucoup aimé encore une fois et j’y serai pour Noël j’espère, mais c’est pour cette raison que j’ai décidé de ne pas effectuer mon second semestre au Liban. Mon arabe n’est pas encore consolidé et retourner si tôt au Liban risquerait de me faire perdre mes faibles acquis ou au moins de stopper ma progression en langue arabe.
Et enfin, comme vous allez le lire, ma vie a Damas est certes très différente de celle à Beyrouth, mais elle n’en est pas moins agréable. Chacun des deux pays à ces défauts et ses qualités, et je n’ai pas encore réussi à trouver dans lequel des deux le diable se cache :P
30 août 2007
ISRAËL • Encore un mur, cette fois-ci à la frontière égyptienne
Israël envisage la construction d'un nouveau mur à sa frontière avec l'Egypte et en coopération avec l'Etat égyptien, pour empêcher le passage "des terroristes, des trafiquants et des demandeurs d'asile," nous apprend Ha'Aretz. Le vice-Premier ministre israélien, Haïm Ramon, a déjà soulevé cette question lors de sa récente visite au Caire. Et le Premier ministre, Ehoud Olmert, entend dans les semaines à venir officiellement discuter de ce projet avec les autorités égyptiennes. D'après les officiels israéliens, il serait peu probable que Le Caire donne son accord à la construction de ce mur. Les experts estiment que son édification coûtera à l'Etat hébreu entre 440 et 540 millions d'euros.
(Courrier International)
.... Bientot ils vont construire un mur sur la mer!
27 août 2007
C'est passionnant, et ca m'evite d'avoir a ecrire....
NEUROSCIENCES • Parle à mon corps, ma tête est ailleurs
Dans une expérience de réalité virtuelle, des sujets, trompés par leur cerveau, ont localisé leur moi hors des limites de leur corps. Le concept de conscience de soi aurait ainsi une composante biologique, et pas seulement psychique.
S'élever vers le plafond. Puis voir son propre corps "de l'extérieur", depuis le dessus. Ou ressentir la présence de son double, à l'image du protagoniste de Guy de Maupassant dans Le Horla. Bref, avoir l'impression que son "moi" s'extrait de son enveloppe charnelle… Une personne sur dix vivrait un jour ou l'autre une telle expérience dite "hors corps" (out of body experience – OBE – en anglais).
A l'aide de technologies de réalité virtuelle, deux équipes de scientifiques, dont l'une à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ont en partie reproduit cette sensation en laboratoire. Leurs travaux, publiés aujourd'hui dans la revue Science, contribuent à expliquer un phénomène longtemps attribué à l'imagination ou au paranormal. Ils permettront d'étudier sous un jour nouveau le concept encore mal défini de conscience de soi.
Une telle sensation de décorporation a été relatée surtout chez des patients avides de drogues, souffrant d'épilepsie ou d'attaques cérébrales, voire ayant subi un traumatisme grave, tel un accident de la route. Sur la base d'observations cliniques, la médecine l'attribuerait à un dysfonctionnement d'une partie du cerveau : pour créer une image mentale pertinente du corps dans l'environnement, la jonction temporo-pariétale recueille les influx des systèmes visuel, tactile et vestibulaire (en lien avec l'équilibre), ainsi que des données proprioceptives – qui informent sur les mouvements des parties du corps les unes par rapport aux autres. Que cette aire cérébrale ne remplisse plus sa fonction, et le lien inextricable entre le corps et le "soi" peut être perturbé. C'est cette même unité qu'Olaf Blanke, neurologue à l'EPFL et aux Hôpitaux universitaires de Genève, et ses assistants, Bigna Lenggenhager et Tej Tadi, ont tenté de chahuter, sur des "cobayes" sains.
Dans leurs expériences, un sujet voit dans un casque une image tridimensionnelle prise par une caméra placée deux mètres derrière lui, tantôt de son corps, tantôt d'un mannequin. La silhouette observée se fait alors frotter le dos avec un bâton. Dans le même temps, l'expérimentateur fait glisser un objet sur l'échine du sujet, et cela tantôt de manière synchrone à ce qu'il voit, tantôt de façon asynchrone. Résultat : dans le premier cas, le sujet a fortement tendance à associer le corps observé – le sien ou celui du mannequin – à son propre corps.
Mais voilà le plus intéressant : au terme des séances, les chercheurs masquent les yeux des sujets, les reculent puis leur demandent de retourner à leur place. Ceux-ci s'approchent systématiquement de l'endroit où se situait leur corps virtuel ou le mannequin. Tandis qu'un "cobaye" n'ayant pas fait le test des images retourne à son point de départ, voire s'arrête avant. "Autrement dit, les sujets ont projeté leur 'soi' sur l'image du corps visualisé", résume Olaf Blanke. Qui explique : "Dans les cas synchrones, ils sentaient dans leur dos exactement la stimulation tactile qu'ils voyaient devant eux sur leur corps ou sur le mannequin. Cela génère un conflit multisensoriel – visuel versus tactile – dans les aires du cerveau censées intégrer les informations reçues. Un conflit qui semble casser, chez les sujets, l'unité spatiale entre leur corps et leur 'moi'."
Le professeur en convient, ces travaux ne simulent pas encore une décorporation complète (OBE) ; aucun des sujets ne décrit d'ailleurs ce qu'il a vécu comme tel. Ni une expérience de "mort imminente", dans laquelle la personne a l'impression de se désincarner en plus de voir une lumière blanche. "Toutefois, la plupart des sujets ont, durant l'expérience, localisé leur 'moi' à un autre endroit que dans leur corps, puisqu'ils n'ont pas regagné exactement leur position d'origine."
Cette conclusion est confirmée dans l'autre étude, menée par Henrik Ehrsson au University College de Londres. Le protocole d'expérience est quasi identique, à la différence que le sujet n'est pas déplacé après l'expérience. Au lieu de cela, les chercheurs menacent le corps virtuel avec un marteau, tout en mesurant la conductance de la peau, reflet des réponses émotionnelles telles que la peur. Et là, même constat : le sujet craint les coups assenés. Ce qui signifie qu'il réagit comme si sa conscience avait quitté son corps physique et investi son corps virtuel.
| Plus que reproduire une OBE dans le détail, l'objectif d'Olaf Blanke était de développer une méthode expérimentale pour étudier les liens spatiaux entre le corps et la conscience de soi : "D'après nos résultats, le cerveau est fortement impliqué dans le fait que chacun ressent que son 'moi' est situé dans son corps. Cela démontre qu'il existe dans la conscience de soi aussi une composante biologique, basique et automatique." Et donc pas uniquement psychique, mentale et verbale comme l'a résumé Descartes dans son fameux 'Cogito ergo sum' (Je pense donc je suis). La vision jouant dans ces mécanismes cérébraux un rôle prépondérant par rapport au toucher, les chercheurs ont même intitulé leur article 'Video ergo sum' (Je vois donc je suis). "La représentation multisensorielle, surtout visuelle, du corps entier dans le cerveau joue donc un rôle essentiel dans la construction du 'moi', à côté bien sûr de l'aspect cognitif", appuie Olaf Blanke. Pour Patrick Verstichel, neurologue au Centre hospitalier intercommunal de Créteil, au sud de Paris, cette étude est intéressante : "Pour tenter de définir ce concept qu'est la conscience de soi, nombre de travaux ont été menés dans le domaine du psycho-verbal. Là, pour la première fois, c'est la perception du corps qui est utilisée. Si l'on parvient à décrire ce qu'est la conscience de soi sur le plan biologique, ce sera une avancée majeure, cruciale pour la connaissance de l'esprit. Ces deux études font un grand pas dans cette direction." Olaf Blanke ne compte pas en rester là : "On pourrait mener la même expérience de réalité virtuelle sur des primates, pour étudier leur conscience de soi." Mais le neurologue envisage surtout de tirer profit de cette nouvelle méthode pour étudier les bases d'autres phénomènes, telles les hallucinations, ou des maladies psychiques comme la schizophrénie. De son côté, Henrik Ehrsson imagine des applications industrielles : "Cette technique est un moyen de se projeter soi-même, une forme de téléportation. Si nous pouvons projeter des gens dans des personnages virtuels, et faire qu'ils ressentent les choses comme s'ils étaient vraiment dans une version virtuelle d'eux-mêmes, les jeux vidéo pourraient par exemple entrer dans une nouvelle ère." |
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| Olivier Dessibourg Le Temps |
(Courrier International)























